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La réforme des retraites, un «big bang» qui n'épargnera personne



Le calme avant la tempête. Le gouvernement avance prudemment, car, il le sait bien, la réforme des retraites promise d'ici à l'été 2019 sera sans doute la plus difficile du quinquennat. Bien plus que celle du Code du travail, de l'assurance-chômage ou de la formation professionnelle! De fait, c'est un véritable «big bang» qui se prépare, obligeant à remettre sur la table les avantages des régimes spéciaux (SNCF, EDF, RATP, etc.), les règles de calcul du public et du privé, les mécanismes de solidarité, le calcul des pensions de réversion conçues à une époque où les femmes travaillaient peu, ou les droits familiaux… Les retraités actuels ne seront pas concernés, ni ceux qui sont à moins de cinq ans de la retraite, a promis le candidat Macron durant la campagne.

Pourtant, alors même que le dossier de la SNCF est sur la table, la question spécifique de la retraite des cheminots est renvoyée à la grande réforme à venir. De même, la revalorisation prévue des petites pensions agricoles est reportée à 2020, le gouvernement estimant qu'elle ne peut être traitée en dehors de la réforme globale.

Déséquilibre démographique

Tout est donc conditionné à ce grand chantier, que le président de la République doit lancer prochainement lors d'un discours. Emmanuel Macron a promis de «mettre fin aux injustices de notre système de retraite» en instaurant un système universel, plus clair et plus équitable, «où un euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous». Un argument auquel on ne peut que souscrire! «Chacun pense y gagner, mais tous risquent d'y perdre, car le déséquilibre démographique et l'allongement de l'espérance de vie impactent l'équilibre financier du système», note un expert. En juin dernier, le Comité d'orientation des retraites (COR) avait d'ailleurs averti que l'équilibre financier du système de retraites était reporté de vingt ans, au mieux au début des années 2040… avant d'adoucir le trait en novembre.

Difficile de dire qui seront les perdants et les gagnants de la réforme. Emmanuel Macron s'est engagé à faire converger les 37 régimes de retraite actuels, tout en maintenant l'âge légal de départ à 62 ans (alors que la droite voulait l'augmenter à 65 ans) et sans toucher au niveau des pensions. Une équation qui s'apparente à la quadrature du cercle! Car si les retraites des fonctionnaires étaient alignées sur celles du privé, ils y perdraient pour la plupart en moyenne 179 euros de retraite par mois, révèle une récente étude de la Fondation Ifrap. Les enseignants - qui ont peu de primes en sus de leur traitement indiciaire - seraient parmi les grands perdants. Seuls un tiers des fonctionnaires y gagneraient. «Pas question que les salariés paient pour les autres et que l'on vienne nous piquer nos réserves», objecte de son côté un responsable patronal, en allusion aux 60 milliards d'euros de réserves des retraites complémentaires Agirc-Arrco. Ambiance.

Consultations

Explosif, le dossier est piloté depuis l'Élysée, même si sa gestion a été confiée à Jean-Paul Delevoye, nommé haut-commissaire à la réforme des retraites. L'ancien ministre de la Fonction publique (sous Chirac), entouré d'une petite équipe d'experts, consulte à tour de bras. Ils étudient les différentes options techniques: fin du système actuel par annuités (où les retraites sont fonction des années de cotisation) et passage à un système par points comme en Allemagne (les cotisations versées donnent droit à des points, dont il suffit de fixer ensuite la valeur) ou plus certainement en comptes notionnels comme en Suède et en Italie (l'assuré accumule un capital virtuel basé sur ses cotisations, converti en pension en fonction de l'espérance de vie de sa génération). Quel que soit le scénario choisi, la transition de l'ancien au nouveau système prendra du temps et ne se mettra en œuvre que progressivement.


Dix ans de mesures qui ont nourri la colère des retraités

Trop c'est trop! Refusant d'être présentés comme des «nantis» et traités comme des «vaches à lait», les retraités montent au créneau. Après avoir cotisé durant toute leur vie professionnelle, ils estiment ne pas voler leur pension, dont le montant s'élève en moyenne à 1283 euros nets mensuels. Soit quasiment le SMIC… même si ce chiffre global cache des écarts très importants.

Les 40% de retraités qui touchent des petites pensions inférieures à 1200 euros ne seront pas concernés»

Édouard Philippe

Dans ces conditions, la hausse de 1,7 point de la CSG, qui s'applique sur les pensions de retraite depuis le 1er janvier, est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Car, contrairement aux actifs, elle n'est pas compensée par des baisses de cotisations chômage et maladie… puisque les retraités n'en paient pas. Une mesure «indéfendable» pour Laurent Wauquiez, et un «massacre du pouvoir d'achat des retraités» pour Éric Woerth, député de l'Oise.

Le gouvernement a beau souligner que les retraités les plus modestes ne sont pas concernés (ils bénéficient d'un taux zéro ou d'un taux minoré à 3,8 %, qui restent inchangés). Et que les autres bénéficient déjà d'un taux réduit (6,6 %, qui passe à 8,3 %) par rapport aux actifs (7,5 %, qui passe à 9,2 %). L'argument ne porte pas. Les retraités, eux, avaient surtout retenu la promesse du premier ministre: «Les 40 % de retraités qui touchent des petites pensions inférieures à 1200 euros ne seront pas concernés». Or, ils ont eu la surprise de découvrir que même sous ce seuil, ils peuvent être taxés. De fait, le calcul prend en compte le revenu fiscal de référence et le quotient familial du foyer, et non la seule pension nette. Au final, un retraité sur deux devrait être perdant en 2018.

Le gouvernement défend que les retraités bénéficieront de la baisse progressive de la taxe d'habitation. Mais, là encore, l'argument ne porte pas. Cette baisse est à venir alors que la hausse de la CSG est immédiate. Surtout, les plus aisés d'entre eux, dont le patrimoine est majoritairement immobilier, regrettent la demi-mesure sur l'ISF, qu'Emmanuel Macron n'a pas supprimé mais transformé en impôt sur la fortune immobilière (IFI). Pénalisant les plus petits des riches, à l'image des pêcheurs de l'île de Ré ou des veuves des Invalides, se retrouvant avec de gros patrimoines mais de petites pensions, parfois obligés de vendre pour acquitter leur impôt. Le gouvernement reconnaît l'effort demandé aux retraités et leur demande «de l'assumer dans l'intérêt de leurs enfants et petits-enfants». Mais la pilule a du mal à passer. Car la hausse de la CSG arrive après toute une série de mesures qui se sont accumulées depuis dix ans.

En 2008, la droite (gouvernement Fillon) a décidé la suppression progressive - jusqu'à disparition totale en 2014 - de la demi-part fiscale accordée aux parents isolés (veufs ou divorcés) ayant élevé seul un enfant pendant au moins cinq ans. En 2013, la gauche (gouvernement Ayrault) a instauré une nouvelle taxe de 0,3 % sur les retraites au titre de la CASA (Contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie). Elle est venue s'ajouter à la CSG et à la CRDS et sert à financer les frais liés à la dépendance. À cela s'est ajouté en 2014 (Ayrault toujours), la fiscalisation de la majoration de 10 % des pensions des retraités ayant eu au moins trois enfants, jusqu'alors non imposable.

La hausse de la CSG arrive après toute une série de mesures qui se sont accumulées depuis dix ans

Sans compter que les retraités, habitués depuis des décennies à voir leur pension revalorisée tous les ans (elles sont indexées sur les prix), ont subi trois ans de gel sous le quinquennat de François Hollande. Les pensions de base n'ont été revalorisées ni en 2014, ni en 2016 et la dernière hausse appliquée en 2015 avait été limitée à 0,1 %, dans un contexte de faible inflation. Une vraie rupture alors que par le passé, les retraites (indexées sur les salaires, ce qui était plus avantageux) étaient revalorisées jusqu'à deux fois par an! Cela a été la règle pendant presque vingt ans, de 1974 à 1992, sous les présidences Giscard et Mitterrand.

Le gouvernement d'Édouard Philippe a lui augmenté les retraites de base de 0,8 % au 1er octobre dernier. Mais pour cette année, il a décidé de repousser de trois mois la date de revalorisation, au 1er janvier 2019 au lieu du 1er octobre 2018. Ce décalage est une vieille ficelle: la date de revalorisation a déjà été reportée du 1er janvier au 1er avril en 2009, puis au 1er octobre en 2014. Les régimes complémentaires ont fait de même en 2016 (décalage du 1er avril au 1er novembre). Au final, en neuf ans, les pouvoirs publics auront gagné un an. Une aubaine pour le budget de l'État, pas pour celui des retraités!